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Jonathan Livingston, le libérateur

Temps de lecture : 4 minutes

Deuxième Jet suivant le style de l’auteur

Sous un soleil radieux, seul, Jonathan Livingston le goéland s’entraine à maitriser son vol. Bec relevé, ailes cambrés, il recherche, sans honte de tomber, à réduire sa vitesse pour contrôler ses efforts. Mais il n’est pas un goéland comme les autres, pendant que les siens s’évertuent à voler pour se nourrir, lui préfère comprendre, développer sa technique et l’atterrissage plutôt que se sustenter. Courrouçant ses parents, sa mère affligée entonne :

-Pourquoi Jon ne voles-tu pas comme ceux du clan pour te nourrir ? Tu n’as plus que des rémiges et des os !

-Qu’importe ! Je veux tester mes limites.

-Fiston ! relaie le père. Planer c’est bien, mais étudier la meilleure façon de pêcher sera utile pour tous !

L’obéissance laisse la place à l’ennui. Pourtant, il s’efforce de faire comme les siens, mais le désir d’apprendre est le plus fort.

-Je perds mon temps à les imiter !

Et, il laisse tomber le fruit de sa pêche à un vieux goéland affamé. Prenant le large, il se découvre de nouvelles potentialités. Ce ravissement donne un nouveau but. Il déploie vite des records de rapidité, s’intensifiant lors des piqués prolongés mais au moment de redresser il part en vrille et s’écrase en masse dans la mer. Un soir, prêt à renoncer, après maintes tentatives échouées, l’idée lui vient en goéland borné, de raccourcir ses ailes lors du redressement offrant ainsi moins de résistance à l’air.

-Mais oui !  J’ai trouvé ! Comme le faucon !

 Il monte aussitôt à six cents mètres d’altitude, pique vers les flots à deux cents kilomètres à l’heure, plissant ses yeux et plaquant la partie antérieure de ses ailes. Planant sur l’eau, victorieux, après un redressement réussi, il continue à vouloir la perfection. Chanceux, il atteint une vitesse à plus de trois cents kilomètres. Une telle performance l’incite pour l’avenir des siens à enchainer bien d’autres acrobaties aériennes. Libre et heureux de partager ses nouvelles perspectives de vol, il atterrit un soir parmi une assemblée réunit en conseil. 

-Jonathan Livingston nous t‘attendions ! Au centre, la honte ! la voix de l’ancien résonne en couperet. Pour avoir enfreint les règles de dignité des goélands et ton irresponsabilité, nous rompons notre fraternité !

-Mais… j’ai tellement de choses à vous faire découvrir !

Sans l’écouter, ils lui tournent le dos. Banni, pour seul chagrin leurs manques d’ouverture d’esprit, Jonathan continue à parfaire ses savoirs, libéré de toute rancœur envers les siens.

Un soir, planant en toute quiétude apparait près de lui deux goélands aussi purs qu’une lumière d’étoiles.

-Nous venons te chercher Jonathan et te guider vers une autre communauté, ta vraie patrie. Là, où ton apprentissage t’élèvera plus haut.

En les suivant, son corps change augmentant ses exploits. Mais, le paradis comme il l’appelle ne devrait pas limiter sa vitesse. C’est là qu’il découvre à travers les nuages, une petite poignée de goélands performants et l’accueille en signe de bienvenue. Au bout de quelques jours, Sullivan, son moniteur communiquant par la pensée, perfectionne sans relâche son apprentissage de figures complexes. Il fait prendre conscience à Jonathan qu’il a appris seul, plus, que tous en plusieurs vies. Il décide donc de rencontrer l’ancien, Chiang avant qu’il ne quitte ce monde. Avec lui, il explore la vitesse par la pensée, sentiments inconnus jusqu’à ce jour. Puis il lui apprend à oublier son corps, voyageant aussi bien dans le passé que le futur, sans aucune limite. A force de persévérance, il réussit à se projeter dans un autre lieu. Ayant foi en l’ancien, il apprend vite et découvre le bonheur d’aimer les siens en les acceptant tels qu’ils sont. Puis, Chiang disparait sur les derniers conseils : apprendre et aimer son prochain.

Le temps passe et Jonathan Livingston ressent ce besoin de transmettre aux siens sur terre, son amour, ses connaissances, leur montrer le chemin.  Malgré les sages conseils de Sullivan, il vole vers la terre où il rencontre un jeune et fougueux goéland, Fletcher Lynd, exclu et banni lui aussi de son clan. Ebloui devant tant de grâce, Il devient son premier élève. Avec bienveillance, patience, il lui inculque la souplesse de vol. De ses cours aériens d’autres viendront apprendre. C’est avec la conviction d’instruire ces goélands, désireux d’élargir leurs possibilités tant au niveau de l’esprit que du corps, qu’il leur annonce qu’ils sont prêts à retourner dans leur communauté. En être libre, malgré leurs réticences, Jonathan les guide vers l’ouest et atterrissent en looping serré au milieu d’une foule ébahis.

La nouvelle se répand. Ignorant leurs hostilités, l’entrainement de Fletcher, Martin le Goéland, le petit William, Charles-Roland aux acrobaties aériennes forcent l’admiration de certains. La curiosité, la soif d’apprendre fait passer le premier pas de Terrence Lowell puis vient celui de Kirk Maynard dont le handicap avait anéanti tout espoir de vol.  Jonathan humblement les guide vers ce chemin du libre arbitre.

Puis survient l’accident. Fletcher transmettant les bases du vol à un petit groupe de nouveaux élèves, et voulant éviter un oisillon, s’écrase à plus de trois cents kilomètres à l’heure sur un bloc. Transporté un instant dans une autre dimension, la voix de Jonathan résonne comme une sagesse :

-Ne pas bruler les étapes de l’apprentissage mon cher ! Et non, tu n’es pas mort ! Que décides-tu ?

-Retourner auprès des miens et continuer l’enseignement !

C’est ainsi que, sonné, il reprend conscience au pied du rocher devant une foule menaçante et hurlant aux démons.

S’élevant ensemble vers le chemin des falaises loin de la foule déchainée, Jonathan continue l’instruction de Fletcher. Il lui inculque ce don de voir qu’en chacun des siens, un être véritablement bien sommeille et doit juste se révéler.

C’est là que Jonathan fit de Fletcher le nouveau guide de la communauté puis s’évapora en un éclair cristallin. Commença alors pour Fletcher Lynd un nouveau cycle d’apprentissage empreint de sagesse.

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